Le cumulonimbus
Un seul nuage occupe les trois étages à la fois. Sa base traîne à quelques centaines de mètres du sol, son sommet touche la limite de la troposphère, et c'est le seul dont l'identification a un intérêt de sécurité immédiat.
- Un genre sur dix
- Abréviation Cb
- Deux espèces : calvus et capillatus
Le cumulonimbus est un nuage dense, à extension verticale considérable, en forme de montagne ou de tour immense. Sa partie supérieure est lisse, fibreuse ou striée, et s'étale presque toujours en forme d'enclume ou de vaste panache. Sa base, souvent très sombre, est fréquemment accompagnée de nuages bas déchiquetés, et il en tombe des averses, parfois de la grêle.
- 3 sTemps que met le tonnerre à parcourir un kilomètre
- 10 à 14 kmHauteur courante du sommet sous nos latitudes
- 30 / 30La règle de mise à l'abri, avant et après l'orage
Calvus ou capillatus : deux moments du même nuage
Le cumulonimbus n'a que deux espèces, et elles correspondent à deux stades successifs.
- Calvus : « chauve ». Les bourgeons du sommet ont perdu leurs contours de chou-fleur et deviennent lisses, un peu blanchâtres. La glaciation commence, c'est-à-dire que les gouttelettes se transforment en cristaux de glace. Aucune partie fibreuse ni striée n'est encore visible.
- Capillatus : « chevelu ». Le sommet est nettement fibreux, strié, souvent étalé en enclume. Le nuage est mûr, il produit en général averses, grêle ou éclairs.
Ce passage est le seul changement de genre qu'un observateur peut voir se produire en direct : un cumulus congestus dont le sommet se met à filer devient un cumulonimbus calvus, souvent en moins d'un quart d'heure.
L'enclume dit dans quelle direction va l'orage
Quand la colonne d'air ascendante atteint la tropopause, la limite haute de la troposphère, elle ne peut plus monter : la couche au-dessus est plus chaude et la stoppe net. L'air s'étale alors horizontalement et forme l'enclume, la particularité que la classification nomme incus. Elle s'étire dans le sens du vent d'altitude, ce qui donne, à distance, une indication utile sur la direction que suit la cellule.
Quand l'ascendance est très puissante, un dôme peut percer brièvement le plan de l'enclume : ce sommet protubérant signale une ascendance vigoureuse, et donc une cellule active. Vue de loin, une enclume nette, blanche et bien étalée est le meilleur signe qu'un orage est en cours, même si aucun bruit ne parvient encore.
Comptez les secondes entre l'éclair et le tonnerre, divisez par trois : vous avez la distance de l'orage en kilomètres. Le son parcourt environ 340 mètres par seconde
Les particularités à connaître
Un cumulonimbus se décrit rarement seul : la classification lui ajoute des particularités supplémentaires et des nuages annexes, qui portent chacun un nom latin précis. Voici ceux que l'on rencontre le plus souvent.
| Nom | Ce que c'est | Où le chercher |
|---|---|---|
| Incus | L'enclume, étalement du sommet sous la tropopause | Tout en haut, visible de très loin |
| Mamma | Poches arrondies suspendues, signe d'air froid descendant | Sous la face inférieure de l'enclume |
| Arcus | Rouleau ou banc sombre marquant le front de rafales | À l'avant de la cellule, avant la pluie |
| Praecipitatio | Précipitations qui atteignent le sol | Sous la base, en rideaux verticaux |
| Virga | Précipitations qui s'évaporent avant le sol | Sous la base, traînées en oblique |
| Murus | Nuage mural, abaissement de la base sous l'ascendance | Sous la base, côté sans pluie |
| Tuba | Colonne ou cône en forme d'entonnoir | Sous la base, prolongement du murus |
| Pileus | Petit capuchon lisse coiffant un sommet en croissance | Juste au-dessus d'une tourelle qui monte vite |
L'édition 2017 de l'atlas international a ajouté à cette liste des formes longtemps décrites par les seuls observateurs amateurs, dont asperitas, une base ondulée et chaotique évoquant une surface de mer vue de dessous, et cavum, le trou circulaire percé dans une couche par le passage d'un avion.
Les trois âges d'une cellule
Un orage isolé, dit monocellulaire, suit un cycle court et lisible.
- Stade de développement : seul l'air ascendant existe. Le cumulus congestus grandit, sa base s'assombrit, rien ne tombe encore.
- Stade de maturité : ascendance et descendance coexistent. C'est le moment des averses, de la grêle, des éclairs et des rafales. L'enclume est formée.
- Stade de dissipation : l'air descendant l'emporte et coupe l'alimentation en air chaud. La pluie faiblit, il ne reste bientôt qu'une enclume orpheline, qui se transformera en cirrus.
Une cellule isolée vit de l'ordre d'une heure. Les orages qui durent une soirée entière ne sont pas une cellule unique mais une succession de cellules, chacune naissant sur le front de rafales de la précédente.
La règle 30 / 30
Si le délai entre l'éclair et le tonnerre descend sous 30 secondes, l'orage est à moins de 10 kilomètres : il est temps de rejoindre un bâtiment en dur ou un véhicule fermé. Après le dernier coup de tonnerre, attendez 30 minutes avant de ressortir : une part importante des accidents survient sur des éclairs isolés, alors que la pluie a cessé et que le ciel se dégage. Pour les alertes officielles, la référence reste la vigilance publiée par Météo-France.
Ce que le cumulonimbus offre aussi
Le même nuage produit les plus belles lumières de la fin de journée. Le rideau de pluie qui s'éloigne, éclairé de dos par un soleil bas, est la configuration exacte de l'arc-en-ciel : averse devant soi, soleil derrière soi. L'enclume qui reste après la cellule se transforme en cirrus, retour à l'étage supérieur, et fabrique parfois un halo le lendemain matin.